Quand la Religion s’offre enfin un peu de légèreté

Je vous pose, dans cet article, une  petite devinette qui m’est venue lors d’un jogging où, passant devant le Temple protestant de Charleville-Mézières, j’ai découvert cette banderole évènementielle pleine d’humour…

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Quand l’inspiration n’est pas divine, où trouve-t-elle sa source? 

 

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Ser… » esso » protestants de nous remettre sur la voie de l’humour? En tout cas c’est bien mieux que certains  débats ou discours pseudo -religieux.

Le Chemin de ma Liberté – dernier chapitre

Dimanche 13 juillet – refuge des Estagnous – 5h du matin

 

Premiers remous dans mon dortoir, quelqu’un râle après son voisin à propos de ronflements… Cela me réveille.

Nous étions une quinzaine, peut-être, mais j’ai plutôt bien dormi! Je jette un coup d’œil sur ma montre, un homme dort près de moi. Il dormait déjà quand je suis venue me coucher la veille. Je ne saurai jamais qui a partagé ma couche cette nuit-là… Je me suis glissée près de lui dans mon sac de couchage, la tête à ses pieds pour me garder un peu d’intimité. Je n’imaginais pas ouvrir les yeux le lendemain et être face à lui, comme si nous avions dormi ensemble!

 Le départ est prévu à 8h, je sais que je ne me rendormirai pas, alors je me lève pour être la première à bénéficier de l’eau qui aura eu le temps de chauffer pendant la nuit.  J’enjambe mon voisin à tâtons, descends l’échelle, saisis ma caisse et sors dans le couloir. Il est désert.  Je patiente quelques instants dans la cuisine pour acheter un jeton, Yvan me sauve encore la mise. Je file dans les sanitaires et profite de les avoir pour moi seule…

Il doit être 6h00 du matin quand je suis complètement prête. Je risque un œil à l’extérieur. Quelques personnes sont levées, Paul, Claude, je ne sais plus vraiment qui d’autres. Au moment où j’écris ces lignes, je suis rentrée depuis une semaine, les images commencent à s’effacer. Déjà…

L’air est vif et pinçant. La vue est magnifique. Toute la montagne est dégagée, la lune va se coucher, le ciel est bleu nuit… Dans la vallée, loin en bas, le brouillard est installé. Nous sommes au-dessus des nuages.

Avant que le sas ne soit engorgé de monde, j’entreprends de refaire  mon packtage. Dans le noir, à tâtons de nouveau (où est-ce que j’ai posé ma lampe?), je retrouve mes bâtons, mes chaussures, mon sac et le reste. J’ai le temps de voir mes amis apparaître dans la salle du petit déj. Je vais , je viens, je reprends un café, je suis prête en l’avance. Peu-à-peu , tout le monde se retrouve sur la terrasse pour le départ. Je suis surprise de n’avoir pas croisé mon jeune ami anglais de la veille. J’apprends qu’il manque deux hommes. On ne sait pas où ils sont… Je sens qu’il est parmi l’un d’eux. J’espère que la fête fut telle qu’il dort encore parce que je crains qu’il n’ait fait une chute en regagnant sa tente, dans le brouillard et la nuit. L’attente est longue. Le froid nous pénètre tous.

Après une demi-heure, il parait enfin avec son ami, la mine défaite due à un réveil difficile… Pas le temps pour eux de petit-déjeuner, la longue descente doit commencer. Je décide de rester en queue de groupe avec Dominique et Brice. J’ai envie de profiter d’eux encore un peu, la fin se fait sentir…  Nous discutons et jouons aux touristes. Le temps est splendide. Je fais quelques photographies de mes amis. Je sais qu’il faut fixer quelques images de ceux que je ne verrais plus. Brice cherche à me montrer des isards, il m’enseigne un peu de ce qu’est la montagne, nous prenons le temps d’apprécier l’endroit,  l’instant…

 Mais  descendre n’est pas si simple pour certains organismes fatigués, le groupe a pris du retard. Brice et René se chargent de sacs. Je ne sais pas combien de kilos ils portent, j’ai parfois l’impression qu’ils vont chuter. Certains esprits s’échauffent un peu, mais « mes Montagnards » restent patients, fidèles à l’image que j’aurai vue d’eux pendant quatre jours.

Le retard s’accumule, Brice me confie son appareil photo pour qu’il puisse se charger davantage. Je suis touchée de la confiance qu’il me témoigne ainsi. Je vois bien qu’ils ont assez à faire  avec les personnes qu’ils doivent aider, je ne veux pas les gêner,  je décide d’accélérer un peu ma descente. Je rejoins mes jeunes amis  anglais, ainsi que Marie, Andy , Tom et ses frères. Nous sommes 120 personnes à descendre, mais je suis contente de constater que tous ceux que j’apprécie sont proches dans la  colonne. Il m’est donc facile de parler avec les uns ou les autres et de prendre quelques photographies, malgré la batterie dangereusement basse de mon téléphone. Je ne suis pas fatiguée. Je ne sens pas mon sac.  Le temps est superbe et nous laisse découvrir cascades, torrents ainsi qu’une végétation plus abondante. Quelques notes s’invitent dans ma tête , je me mets à fredonner, Marie reprend avec moi…

« On s’est connus, on s’est reconnus, on s’est perdus de vue, on s’est r’perdus de vue, On s’est retrouvés, on s’est réchauffés, puis on s’est séparés. Chacun pour soi est reparti dans le tourbillon de la vie… »

 

Je réalise combien les paroles traduisent ce que nous vivons, mon cœur se serre un peu plus…

Il nous faudra cinq heures pour « descendre la montagne » et retrouver la civilisation avec ses routes goudronnées. François est remonté vers nous pour aider ses compagnons à porter les sacs des randonneurs épuisés.

Nous pique-niquons en attendant le bus qui nous mènera pour la fête finale, en Espagne. Je m’éloigne du groupe et m’installe au bord d’un torrent, les pieds dans l’eau glacée.  J’ai pris conscience que l’aventure est terminée. Je n’ai pas envie de rentrer. Je sais qu’il me faudra attendre un an avant de revoir certains de mes amis ,  je sais que je ne les reverrai pas tous.  J’ai le cœur gros et je ne veux pas gâcher les dernières heures que nous allons passer ensemble. J’essaie, pour me protéger,  de reprendre mes distances…

Dans les trois heures de bus qui nous mèneront à Esteri D’Aneu, je prends donc place près de Georges, un jeune anglais, étudiant en médecine qui est venu avec sa mère. Nous n’avons parlé que très peu ensemble, il est sympathique et drôle: il est parfait pour que je ne rumine pas la séparation à venir. Il parle très bien français, nous nous racontons un peu de nos vies, nous parlons surtout de notre vision de ce  « Chemin de la Liberté ». Je lui propose ensuite un jeu auquel je joue  avec mes enfants pour passer le temps lors de  balades à pied ou en voiture. A l’aide de trois mots, il faut trouver le mot pensé par l’autre (c’est en fait un jeu télévisé diffusé sur France 2). Nous jouons en français puis en anglais, il y a de nombreux quiproquos, nous sommes rapidement pris de fous rires. Le bus semble endormi; tous les deux, nous rions; moi, j’avance vers la fin de l’histoire le cœur insouciant.

 

La dernière soirée sera celle des discours vrais, des commémorations et des souvenirs forts. Un groupe folklorique, dont Casimir fait partie, chantera et François sortira son accordéon. Je suis gagnée par l’émotion que je repousse depuis quelques heures. Nous repensons aux raisons qui nous réunissent. La cérémonie de commémoration est une nouvelle fois très touchante.

J’ai confié à Andy certaines des angoisses  qui montent en moi peu-à-peu. Il me garde près de lui pour la soirée, avec les trois frères anglais, bien décidé à me faire m’amuser.  Je ne l’ai pas remercié pour m’avoir « raccompagnée » dans ma réalité…

 Un grand buffet puis un bal folk nous permettront de relâcher la pression gaiement. Je découvre quelques pas de danses traditionnelles, j’apprends les rudiments de la valse à Andy (le fameux 1,2,3 qui va bien), je me laisse guider par François ou Tom sur d’autres danses Je marche sur les pieds de Xavier.

Je regarde « mes Montagnards »,  de loin. J’aperçois Dominique qui passe de groupe en groupe, qui rit, et je ne la rejoins pas… Je sais que je ne peux passer du temps avec vous ce soir sans m’effondrer.  Seuls quelques mots, échangés près du buffet avec Brice , font ma gorge se serrer…  Alors, je m’enfuis vers ces « so British » et nos discussions anodines. Je crains de vous donner l’impression de vous délaisser, mais je suis à fleur de peau, je ne dois pas  m’écrouler.  Je passe alors remercier les personnes qui organisent ce périple: Paul, le guide anglais, le Président de l’association, et tant d’autres. Mais la salle se vide, il est déjà temps de partir…

 

Mon récit s’achèvera ici, je ne vous dirai rien des « au revoir ».  Aujourd’hui encore, ils me sont trop douloureux…

 

Post Scriptum:

Voilà, je vous ai livré ici mon texte brut. Je n’ai pas pris le temps de la relecture. Il me fallait écrire, écrire pour que  rien ne s’échappe. Le passé et le présent s’emmêlent dans mes lignes. La concordance des temps me joue des tours car mon esprit était parfois rappelé là-haut. Je me suis laissée revivre les choses, les moments, pour revoir les personnes…

J’ai écrit ce texte, très égoïstement, pour ne pas les oublier.

Le Chemin de ma Liberté-chapitre 5

Vers le refuge des Estagnous – samedi 12 juillet – Après-midi

 

La marche reprend, le moral de la troupe est atteint. La difficulté est toujours présente. Nous marchons en colonne, silencieux. Les arrêts, impromptus, surviennent dans le plus lourd silence. Impossible de savoir ce qui les justifie. Nous imaginons quelque obstacle supplémentaire…

 Nous avons à franchir l’arrête d’une montagne pour redescendre ensuite de l’autre côté , vers le refuge. Une image se dessine dans mon esprit, je pense aux montagnes pointues des dessins d’enfants, je me vois sur l’une d’entre elles…

 La colonne humaine, qui s’étire de plus en plus, avance , muette. Il n’y a plus guère que la voix de Marie que le vent porte parfois jusqu’à mes oreilles. Marie, il me semble que rien ne t’aura fait taire pendant ces quatre jours. Il n’y a plus que toi qui puisse parler dans ces moments-là… L’avancée silencieuse qui dure depuis ce matin m’a, pour la première fois, permis de me confronter à moi-même. J’ai laissé mes pensées divaguer, elles m’ont ramenée vers mes tourments. Je suis coupée du monde, de mon monde, je n’ai pu prendre aucune nouvelle.  Je pense à ceux qui me sont chers, je pense aux choix qui me tourmentent…

Au cours de la matinée, mon portable s’est mis à vibrer, longuement… La difficulté de l’ascension , ajoutée à l’emballage saucissonné de mon sac, m’a empêchée de m’arrêter pour le trouver. J’ai pensé qu’on essayait de me joindre, j’ai commencé à imaginer le pire… L’angoisse est montée peu-à-peu en moi. J’ai découvert que « la boule au ventre » n’est finalement pas une expression imagée. Je mettais un pied devant l’autre, les nerfs fatigués, avec la peur de tomber et l’angoisse que quelque chose se soit produit pour mes petits. J’ai réalisé qu’ils étaient en pleine  » transition ». A ce moment même de la matinée où je m’inquiétais, ils retrouvaient leur papa. Je me suis imaginée tout ce qui pouvait se passer… Et les vibrations reprenaient, sans cesse… J’ai négligemment dit à René que je m’inquiétais car mon portable vibrait, il m’a dit qu’il devait simplement se décharger. Je savais bien qu’il avait certainement raison, j’aurais dû  croire ce qu’il me disait… mais l’angoisse s’était invitée, elle resterait jusqu’au « déjeuner ».

Andy a profité du temps affreux que nous rencontrions pour proposer sa « lesson two ». C’était parti d’une blague parce que je lui avais expliqué les nouvelles charges qui m’incombaient professionnellement (être capable d’apprendre l’anglais à mes élèves). Mon anglais faisant souvent rire les « british » avec qui je parlais, nous inventions des leçons d’anglais sur tout ce qui nous affectait. Ce jour-là, Andy m’interpela:  « Valérie, lesson two! Comment trouves-tu le temps? »

J’entends encore son accent dans mes oreilles, et je dois dire que cette question, sous la pluie et dans le brouillard, nous fit beaucoup rire. Je  lui proposais toutes les manières de décrire la météo que nous subissions car « the weather is  very bad! ».  Je me souviens de toutes tes « lesson » Andy, nous n’avons pas imaginé celle des « au revoir »…

SI la difficulté de cette journée m’a replacée face à mes problèmes personnels et mes angoisses, si elle nous a offert, comme toutes les autres, des moments de partages et de rigolades, elle m’a aussi semblé essentielle par rapport au sens de notre marche. Il était impensable de me plaindre, de pleurer sur mes peines alors que nous suivions les pas de gens opprimés, meurtris qui ont franchi les mêmes monts dans des conditions tellement plus difficiles.  J’ai beaucoup pensé à eux tout au long de ces… allez, 8 heures de marche? Je ne sais plus…

 J’ai apprécié qu’il nous faille un peu souffrir pour mieux commémorer. J’ai eu envie de sentir ne serait-ce qu’un dixième de leurs douleurs et de leurs peurs. S’il est évident que cette journée fut la plus dure physiquement, elle fut aussi celle de l’instrospection et elle me chamboula…

Nous descendons et Dominique, qui est à mes côtés, m’indique l’endroit où je devrais voir le refuge si le temps était clair. Nous approchons enfin, j’accélère le pas, ai-je conscience d’abandonner « Mes Montagnards »? Ils ont pris les sacs de quelques randonneurs épuisés. Ils m’impressionnent par leur force, ils sont incroyables par leur patience…Jamais , ils n’ont brusqué les personnes épuisées qui n’entendaient plus leurs conseils… J’ai accéléré la descente, j’ai abandonné les miens… Je m’en excuse aujourd’hui…

Je suis arrivée enfin au refuge. Tout le monde s’est précipité pour déposer ses affaires , prendre possession de son petit coin de chambrée, acheter son jeton de douche. Vous me l’aviez dit. Vous me l’aviez tous dit pendant des heures. Pour avoir une douche, il me fallait  arriver parmi les premiers.

Je suis arrivée et j’ai vu tout le monde se précipiter à l’intérieur…

Mais je les ai attendus. Je ne voulais pas rater l’arrivée de Dominique, de René et de Brice. Je les avais abandonnés dans la galère, ma douche pouvait attendre. J’ai savouré avec délice la boisson que François m’a offerte, j’ai sorti mon appareil et j’ai photographié leur arrivée.

Fin de la journée, fin de la marche, le plus dur a été fait.

Comment décrire la soirée qui a suivi? Après quelques photographies et la joie d’être tous là, je  suis entrée, comme tout un chacun, dans le « sas » du refuge. Plus de place… plus de place pour rien. La « descente » a commencé à ce moment-là. Le corps avait tenu, l’esprit allait lâcher. Plus d’endroit pour poser mon sac, plus de crochet pour mon anorak. Juste quelques centimètres et une caisse pour y mettre l’essentiel. Je ne connaissais pas le principe des refuges. Moi, la petite ignarde du Nord de la France, je ne savais pas quoi laisser et pas quoi prendre. Mon esprit ne réfléchissait plus. Je crois que je suis restée dix minutes à regarder mon sac, à regarder ma caisse, à ne pas savoir comment faire.

J’ai fini par enfiler mes spartiates, par rejoindre ma chambre et par poser ma caisse sur  l’un des vingt lits qui la composait. Beaucoup étaient déjà occupés par les affaires des uns ou des autres mais aucun randonneur ne s’y trouvait. J’ai compris que tout le monde devait être à la douche. J’ai attrapé ma trousse de toilette (enfin le sac congélation qui faisait office) et suis descendue au sous-sol. J’ai croisé Matthew, dans les escaliers, tout frais et souriant et j’ai enfin atteint l’objectif ultime, la délivrance totale, l’objet de tous les rêves qui m’avaient animée dans la journée:

La douche.

Ma douche.

Une douche chaude et caressante.

Une douche qui rincerait ma fatigue et mes tourments.

Une douche qui sonnerait le début d’une nouvelle soirée festive.

Ma douche n’eut pas lieu… C’est le plus grand drame de mon récit.  Enfin, ça le fut sur l’instant! J’imagine comme le fait doit vous paraitre anecdotique. Je sais que beaucoup ne pourront comprendre. Mais je ne serais pas honnête envers moi-même de passer sous silence ce moment.

J’ai entendu raisonner en moi les phrases d’autres qui annonçaient la fin de l’eau chaude. J’ai accusé l’annonce en remontant lentement vers ma chambre. J’ai croisé Brice dans l’escalier qui m’a demandé , sans doute anodinement, si j’allais bien… et je me suis effondrée! Je me suis effondrée parce que je venais de perdre mon espoir de douche. Je me suis effondrée parce que j’étais transpercée de froid. Je me suis effondrée parce que mon corps avait souffert et mon esprit était souffrant…

Brice m’a serrée quelques instants dans ses bras, sans poser de question. Puis j’ai disparu au fond de mon duvet, dans mon dortoir désert. Je ne sais combien de temps je suis restée là à pleurer. Il ne me manquait rien, je ne serais partie d’ici pour rien au monde. Je crois que c’était juste un relâchement et je ne le maitrisais pas.  

J’ai laissé le temps s’écouler, j’ai laissé les larmes se tarir et j’ai rejoint le groupe. Je suis arrivée  dans les mêmes habits, avec le même anorak et les mêmes mèches de cheveux décoiffées, les yeux sans doute un peu plus brillants. J’ai aperçu Marie qui a tout de suite compris. Elle m’a assise à sa table, où se trouvaient mes « amis anglais »  et m’a offert un vin chaud. Mon corps tout entier tremblait. Une tournée en appelant une autre, je suis allée en commander une à mon tour. Un des serveurs du refuge , Yvan, me découvrant tremblante, m’a prêté sa doudoune. Je suis devenue, une fois encore,  la « pénible » à chouchouter…  Je leur ai demandé pour ajouter une assiette au premier service afin de manger auprès de mes amis.  J’étais, à cinq heures du matin, avant eux dans la cuisine, pour acheter un jeton de douche, chaude! J’ai commandé un pique-nique en dernière minute, le lendemain avant de partir. Ils ont été extraordinaires, toujours souriants, toujours arrangeants. Eux aussi…

La soirée fut pleine de rires et de chants. Je ne peux la décrire, mais vous imaginerez sûrement. Quelques bières, beaucoup d’amis, une grande famille qui se met à chanter. Un refuge en montagne, un degré tout autour, la chaleur à l’intérieur.

Ce soir-là, j’ai rencontré un nouveau compagnon d’aventure. Nous avons beaucoup partagé (in english, please), je n’ai pas compris son prénom (et peut-être beaucoup d’autres choses!) , mais il était extrêmement drôle. Il dormait sous la tente, j’ai eu pitié de lui et lui ai offert mon matelas, en plus du sien. Je ne me suis pas couchée tard. J’ai laissé mes amis à leur fête. J’avais quelques heures de sommeil à prendre…

Le Chemin de ma Liberté- chapitre 4

Au bivouac, quelque part dans les Pyrénées – samedi 12 juillet-7h00

Je commence la narration du troisième jour de mon périple et je m’aperçois que je n’ai pratiquement pas parlé de mon corps. Avec le recul, les émotions ont pris le dessus sur la douleur physique …  Mais ne croyez pas que ce fut simple… J’ai assez souffert les deux premiers jours. Les muscles des jambes bien sûr, que je massais chaque matin et chaque soir, les épaules, forcément, à cause du sac, et les genoux qui sont un peu mon talon d’Achille  avec mon poids déjà, alors en ajoutant 10 kilos de plus…

 Tout au long des quatre jours, lorsqu’à chaque arrêt, je glissais les lanières de mon sac le long de mes bras, j’avais l’impression que l’on m’arrachait une partie du dos. Je vous laisse imaginer les nombreux moments où il fallait recharger « la petite mule ».  Et puis pour m’alléger, j’avais décidé de prendre une simple gourde que je glissais dans la ceinture basse de mon sac à dos. J’ai mis une journée à comprendre que cela déséquilibrait le tout et que le sac n’était plus correctement placé contre mon corps. C’est fou comme quelques centimètres peuvent vous durcir la tâche et… vous blesser les hanches.  J’ai effectivement découvert au gymnase que ma hanche droite était à vif, usée par le frottement du sac… Mais  soyez rassurés (comment ça, vous ne vous inquiétiez pas?!?), le corps s’habitue incroyablement vite à ce qu’on lui impose. Les derniers jours, je ne sentais plus ma charge, et je n’avais que rarement des douleurs musculaires.

Je reprends donc mon récit au lever du troisième jour, après je crois, deux heures de sommeil…

Toutes mes affaires sont humides mais je n’ai pas eu froid grâce au duvet de François, en plus du mien,  et à ses conseils. J’ai passé la nuit peu vêtue, mais avec mes habits à l’intérieur du duvet. Ainsi au lever, j’ai pu me glisser dans des vêtements à peu près chauds…

J’ai levé la tête vers la cabane et y ai vu Brice. J’ai encore cette image devant les yeux. Il était le dernier que j’avais salué la veille. Brice, jamais très loin, toujours rassurant…   Je me suis dirigée vers lui et nous sommes entrés pour un café. « Casi », croyant sans doute me bousculer, m’a proposé un morceau de boudin noir. Il faut croire que mon image ne laisse pas tout paraître de moi! J’ai mangé ma cochonnaille avec plaisir (et je ne crois pas me tromper en écrivant qu’il ne s’y attendait pas!) puis je suis allée remballer mon packtage complètement trempé.

Nous avons repris la marche en colonne. La journée que je vais tenter de décrire fut terriblement difficile…

La reprise de l’ascension fut compliquée. Je n’avais pas l’entrain des autres jours. J’avais froid, j’étais fatiguée, peut-être encore un peu ensommeillée. Nous avons marché pendant un peu plus d’une heure avant de faire la première pause. Accueillis par les aboiements de bergers des Pyrénées, nous nous sommes arrêtés  près de la cabane de la bergère. C’est là que nous avons retrouvé la seconde partie du groupe qui ne nous quitterait plus jusque l’arrivée. J’ai retrouvé Marie et Dominique, pimpantes quand moi je n’avais pas vu une salle de bain depuis une éternité.

Mais les étreintes et les discussions furent de courtes durées, il nous fallait déjà repartir. Paul, le guide ariégeois, et  Casimir semblaient un peu tendus, difficile de dire si cela cachait une raison particulière. La colonne s’organisa différemment. Des groupes de 14 personnes devaient marcher avec un accompagnateur référent: la Haute-Montagne nous réservait des passages difficiles.

Je me retrouvai, pas tout-à-fait par hasard, près de René, un de « mes Montagnards ». C’est un homme calme et sérieux, et comme Brice et Dominique devaient récupérer des personnes plus en difficulté, il me sembla hors de question de m’inviter dans leurs pattes. Je me mis donc avec René, qui me guida et m’apporta  tout au long de la journée des conseils précieux. La progression fut très lente. Le brouillard nous enveloppait. Je n’ai rien vu du paysage qui nous entourait. Nous marchions tête baissée, souvent silencieusement, tous concentrés sur chaque endroit où se posaient nos pieds. Nous avons franchi plusieurs névés, j’ai une fois de plus senti l’inadéquation de mon équipement. J’ai appris comment planter mes pieds, par la pointe, dans la neige verglacée. J’ai observé la formation des marches que nous tracions et qui laissaient derrière nous comme le tracé qui mène à une  fourmilière.

Je marchais, tête basse, épaules rentrées. Je tentais parfois de relever la tête pour apercevoir à travers le brouillard les endroits que m’indiquait René… Ici , un lac… Là, une cascade… Mais le moindre changement de position me déséquilibrait. Combien de pas ne se sont pas mis où je le souhaitais? Combien de chancèlements ai-je réussi à rétablir? Combien de fois ai-je lutté contre le poids de mon sac qui semblait vouloir me faire dévaler quelques mètres plus bas?

 Nous avons gravi de nombreux rochers et éboulis. Certaines enjambées, plus hautes que d’autres, m’étaient si difficiles. J’avais l’impression que mes genoux ne pourraient plus me porter, je tentais de me hisser à la force des bras.

René fut patient. Il m’indiquait les meilleures prises, il poussa même mon postérieur du bout de sa canne pour que mon corps s’arrache du sol et se hisse sur le rocher suivant. Je n’ai pas pu prendre de  photographies de cette difficile journée de marche. Chaque mouvement me faisait perdre pieds et la pluie qui tombait aurait fini d’achever mon téléphone. J’avais d’ailleurs tenté de le protéger à l’intérieur de mon sac-à-dos  et j’avais recouvert ce dernier  d’un poncho « Nettoyons la nature avec les magasins Leclerc« . Une fois de plus, j’étais atypique, de par le ridicule de mon équipement. Mais dans le brouillard, je crois que l’on me repérait un peu mieux grâce à cela… Gentiment, les uns ou les autres se sont amusés, au départ, de mon fardeau ainsi enrubanné. La difficulté de l’ascension a bien vite remisé ces considérations…

Quand la pause de midi, qui dût avoir lieu vers 13h peut-être, arriva, je me sentis envahie par un état d’épuisement incroyable. Je laissai tomber mon sac, fis quelques pas vers mes « amis anglais » et tombai au sol.  Ce n’était pas la première chute de la journée, mais celle-ci se produisit alors que j’étais à l’arrêt. Il me sembla que mon corps voulait me lâcher. Je ne le laisserai pas faire.

Je leur avais promis la veille de partager leur repas, je m’installai donc près d’eux avec Marie. Quand le guide nous annonça que la pause ne serait que de vingt minutes, nous dûmes être au moins quatre-vingt-dix à recevoir cette annonce comme une gifle en pleine figure. Nous avons eu plus tard les raisons de ce si court arrêt: le mauvais temps rendait l’ascension trop lente. Il fallait ne pas tarder pour se mettre tous en sécurité au refuge. Bien sûr, je n’avais dans mon sac que des repas déshydratés et dans les conditions qui étaient les nôtres, seule moi pouvait croire que quelqu’un sortirait un réchaud pour cuisiner!

J’ai pris conscience en quelques secondes que je n’avais rien d’autre à donner à mon corps pour qu’il accepte de m’obéir jusqu’au soir…

Je ne voulais pas de demander l’aumône à Tom et ses frères; Marie avait oublié son saucisson et son morceau de fromage sur la table de sa cuisine, le matin même; Je rangeai ma gêne au fond de moi, je rassemblai quelques forces et allai auprès de mes montagnards demander un morceau de saucisson. En regagnant mon groupe, je chutai de nouveau. Pendant que je mangeai quelques rondelles de charcuterie,  mon corps fut pris de tremblements. Le froid et le relâchement semblaient prendre le dessus sur mes nerfs. Matthew  (un des frères anglais) me frictionna un peu, mais, déjà, le départ fut donné…

Photographies de cette année (non-libre de droit). Merci à Claude

Le chemin de ma Liberté-chapitre 3

Vendredi  11 juillet – gymnase de Seix – 6h30

 

Je ferme à peine les yeux que d’autres se lèvent déjà. J’entends que ça remue tout autour de moi. Je me cache à l’intérieur de mon sac de couchage: que Dieu seul soit témoin de ma tête au réveil!!!

A 8h00, nous nous retrouvons tous, les rescapés du gymnase et les autres, pour l’ascension vers le col de la Core.  Nous marchons longtemps, certains passages sont abrupts. Nous avalerons 600m de dénivelé ce matin-là. Les paysages changent peu-à-peu. Il fait chaud. Et soudain au dessus de la crête, j’aperçois le haut d’une table, qui n’attend plus que nous. C’est un sentiment incroyable, un bonheur immense… Je sais qu’Ils n’avaient pas ces petits bonheurs pendant la guerre. J’ai un peu honte de moi…

Monsieur le Comte, un habitué du périple, profite de ce repas pour  offrir à « mes Montagnards » de belles plaques de chocolat. C’est une habitude, sa façon à lui de les remercier pour leur engagement. Il les fait livrer là où l’on quitte la route définitivement. Mes amis sont plus que chargés, je leur offre mon sac pour y glisser leurs plaques… J’ai refusé un peu plus tôt un carré… ils savent bien qu’avec moi, le chocolat arrivera entier!

A nouveau, le pique-nique est un bel instant de bonheur. Rires et partages ponctuent ce moment d’échange. Une cérémonie de commémoration marque le début  de la marche en Haute-Montagne. Le groupe se sépare en deux. Nous abandonnons ici ceux qui ne souhaitent pas bivouaquer. Ils partiront très tôt le lendemain pour nous rejoindre. On se dit au revoir, certains ne monteront pas. Et c’est là, en l’espace de quelques minutes, sans que je ne sache vraiment comment l’étincelle s’est déclenchée,  que nous partageons, Dominique et moi, des confidences qui nous bouleversent… Dominique , mon amie, je n’oublierai jamais ce moment.

Je reprends le chemin avec le sentiment de t’abandonner. Je suis complètement bouleversée. Je saurai le lendemain par Marie que tu l’étais tout autant.

Il me faut me ressaisir. Le chemin n’est pas simple, la Haute-Montagne nous ouvre les bras. Nous ne sommes pas beaucoup de femmes à faire le bivouac, alors je m’ouvre à  de nouvelles personnes, comme ces formidables anglais dont je ne saurai jamais le nom, qui m’ont offert une gorgée de leur café chaud et quelques baies (mures sauvages?) cueillies en marchant. Je rencontre aussi Xavier, qui se charge de bois pour le feu de camp du soir. L’idée murit d’un bûcher, d’un sacrifice humain….. On  m’appelle Jeanne pour m’inquiéter… Et puis j’apprends que Xavier est picard, on partage nos souvenirs de lycéens à Laon, on rit de s’être sans doute croisés dans les « grimpettes », on s’étonne de grimper ensemble aujourd’hui les Pyrénées. Xavier m’apprend qu’il fait partie de l’OTAN , qu’il est basé en Belgique et qu’il est ici en « mission » avec quelques camarades de toutes nationalités.  Tandis que Xavier agrandit le cercle de mes nombreux compagnons d’aventure, je ramasse un morceau de bois, pour participer à l’effort commun, ou pour me défendre en cas de bûcher…

 

Après une pause au bord d’un lac, nous arrivons près de la cabane où nous allons bivouaquer. Le temps change. Nous sommes à 2000m d’altitude. Chacun plante sa tente. Je m’installe dans un coin, sur une petite pente, histoire d’avoir un semblant d’oreiller. Je réalise en cherchant à expliquer le mot « oreiller » à « mes amis anglais » qu’en français, oreiller peut vouloir dire: endroit où l’on pose l’oreille. Ça nous fait rire; On rit de pas grand-chose, nos corps et nos esprits sont fatigués…

Les trois frères s’installent donc pour cette seconde nuit près de moi. Leur présence me rassure, et ils doivent être les rares hommes du groupe à ne pas produire de grognements inquiétants la nuit, malgré la fatigue.

Le froid nous enveloppe peu-à-peu. François me propose son duvet pour la nuit, Brice ses gants et son bonnet. J’ai peur qu’ils aient froid mais ils ne me laissent pas le choix. Ils ont le cœur sur la main et la main toujours tendue vers les autres.

L’endroit où nous nous trouvons est une cuvette entourée de versants abrupts. Un coup d’œil circulaire me permet de comprendre instantanément que me trouver des toilettes sera ardu! Je n’y suis pas allée depuis le gymnase ce matin… je n’ai donc pas le choix! Je pars à la recherche d’un endroit d’où on ne me verrait pas du bivouac! Je marche, j’avance, je grimpe toujours plus haut. Je teste quelques rochers, ils ne sont jamais assez élevés, jamais assez larges, jamais assez loin. Je me trouve finalement les plus beaux toilettes du monde (en tous cas les plus sauvages!), avec une vue incroyable sur la vallée et le brouillard qui est en train de l’avaler.

                                                             

En redescendant, je m’aperçois que j’étais partie bien loin, les tentes sont minuscules, mes compagnons presque invisibles.   Je m’assieds sur un rocher pour écrire quelques phrases qui ont germé dans mes pensées, mais déjà le feu est allumé et l’attroupement autour se fait. Je glisse mon carnet au fond de ma poche, je n’aurais plus de moments seule pour  le ressortir…

L’apéritif est très joyeux. Mes « amis montagnards’ ont monté des provisions quelques jours avant et les ont cachées dans la montagne. Ils sont tellement incroyables! Tout le monde trinque en mangeant du saucisson et en grignotant des cacahouètes, sur une table improvisée. Je passe de groupes en groupes. J’essaie de profiter de tous ceux qui me deviennent peu-à-peu chers. Il fait de plus en plus froid, le brouillard nous a comme ensevelis, mais les chants des randonneurs anglais et des « montagnards » ariégeois réchauffent tous les corps. François sort son armonica, je me glisse tout près du feu, je me sens si  bien…

Tom m’invite à partager le repas avec ses frères. Je décline l’offre avec tristesse. Je suis déjà invitée. Je voudrais passer le plus de temps possible avec chacun de ceux que j’apprécie.  Le temps est compté, je m’invite auprès d’eux pour le lendemain.

 Brice et François m’embarquent pour le repas dans la cabane, dans le cercle restreint des  organisateurs. J’y pénètre sans imaginer ce qui m’y attend! Je découvre un intérieur presque cosy, une atmosphère chaude et romantique. La cabane, aux murs de pierres, comprend un lit en bois surélevé. Dans un des coins, une cheminée  accueille un feu qui chauffe toute la pièce et diffuse une lumière douce. Des bougies, plantées dans des bouteilles en verre, sont réparties dans la pièce. Je n’imaginais pas qu’une cabane, perdue dans la montagne, pouvait être un endroit aussi chaleureux. Je me dis qu’il doit être doux d’y monter à deux…

Je suis tellement surprise par ce que je découvre que je ne parle à personne. Je me perds dans mes pensées. J’essaie de me construire des images pour les garder le plus longtemps possible en moi. Nous sommes une dizaine à l’intérieur (on pourrait difficilement être plus).  Il y a là Casimir que je découvre vraiment pour la première fois. Il est bourru et bougon, il m’impressionne un peu: il est ariégeois!!!  Il fait dorer le pain, il fait cuire des grillades. Je me retrouve avec une tartine chaude dans les mains, couverte de fois gras. Il me semble que Brice s’amuse de ma stupeur. Ses yeux, comme toujours, me semblent rieurs.  La soirée dans la cabane s’écoule très gaiement. Nous chantons (enfin, ils chantent), nous rions, Casimir me taquine et me chante quelques romances.

En cours de soirée, nous avons eu la visite de la bergère du coin. Je crois qu’elle s’appelait Laurence. Je ne suis plus tout-à-fait sure… Elle est un personnage comme je pensais qu’il n’en existait plus. Une femme plus forte que beaucoup d’hommes, une solitaire qui a surgi du brouillard avec ses chiens et qui y a replongé alors que la pénombre nous enveloppait… un sacré brin de femme qui  passe de longues journées dans la montagne, sans sa famille, à surveiller ses troupeaux.

Je garderai longtemps, je l’espère, les images qui ont empli ma tête lors de cette soirée magique. Si j’écris ces instants , c’est aussi pour que ma mémoire ne me les vole pas.

J’ai regagné ma tente toute légère, consciente de la rareté des moments que je venais de vivre. Mes chers voisins dormaient déjà. Moi, je n’ai pu glisser comme eux dans le sommeil: une pluie s’est abattue sur nous toute la nuit.  Voyons le bon côté des choses: Cela m’a permis d’entendre les grelots des chèvres et de tenter de faire fuir celle qui avait décidé de brouter… mon abri!

 Seule dans ma tente, j’ai attendu que les heures passent…

 

 

 

 

 

 

Le Chemin de ma Liberté-chapitre 2

Jeudi 10 juillet-Cabane de Sentenac- 14h00

Déjà le départ est donné. Il faut recharger nos sacs et reprendre la marche, quand nos corps réclamaient une sieste.

Le pique-nique a été un enchantement. J’ai partagé quelques moments avec Marie qui virevoltait parmi les groupes. J’ai parlé avec une journaliste de l’AFP venue faire un reportage cette année, mais bien décidée à vivre personnellement l’aventure l’an prochain. J’ai souri aux uns, répondu aux autres, puis je me suis allongée dans l’herbe, au milieu de tous, pour détendre mon corps déjà meurtri. Quelques chants, les premiers, se sont alors élevés. Les paroles, en patois, me sont restées inaccessibles mais la reprise en chœur  a donné , dans cette clairière tristement marquée par la guerre, un air de fête.

J’ai fait, ce midi-là, la connaissance de Daniel parce que je voulais boire un café. Il s’est attelé à la tâche, plus compliquée qu’il ne l’imaginait, réussissant avec des dosettes senseo à nous concocter une infusion géante, tournant l’eau dans sa marmite, à la manière d’un druide gaulois…

 

14h00 sonne, il faut partir. Dès les premiers pas, je me sens en forme, sans doute portée par les quelques verres de vin partagés. La première partie de l’après-midi consiste à descendre vers le village de Seix. La difficulté est moindre et favorise donc les bavardages. Je rencontre alors d’autres personnes, engage plus facilement les discussions, tisse les premiers liens avec des français autres que Marie. Je pénètre surtout pour la première fois le cercle de ceux qui deviendront mes amis, extraordinaires personnages emplis de gentillesse, de courage et de dévouement. Ils sont ceux que j’appelle « mes Montagnards », tant je suis reconnaissante qu’ils m’aient accueillie dans leur groupe, qu’ils m’aient conseillée et protégée, qu’ils se soient toujours assurés que rien ne me manque. Je me suis retrouvée près d’eux, en fin de peloton (oui vous l’avez deviné,  sans doute, n’avais-je pas la même allure que les autres).  Je me souviendrai toujours de François à qui je n’ai donné que mon prénom, et qui m’a dit « c’est toi qui vient des Ardennes,  de Charleville-Mézières! », Je n’oublierai pas le premier regard doux et rieur de Brice, un regard qui fut toujours le même et qui m’apporta beaucoup pendant notre périple; enfin, je n’oublierai pas ma première rencontre avec toi, Dominique; toi que je pensais ne jamais rencontrer, t’ayant classée , je ne sais pourquoi, dans la catégorie « secrétaire qui s’occupe des dossiers mais ne fait pas de randonnée ». Je n’oublierai pas l’éclat de ta voix quand François t’a dit que je venais de Charleville. Je t’ai alors entendue dire mon prénom sans que je ne me présente, tu m’as prise dans tes bras et tu m’as dit que tu m’avais cherchée toute la matinée…

Ce sont les premiers moments de notre rencontre. Ils resteront gravés à jamais car, avant même que l’on ne sache tout ce qui allait suivre, quelque chose s’est produit. On ne s’était jamais vues mais nous étions incroyablement heureuses de nous découvrir. Je crois que je n’ai jamais vécu une rencontre amicale aussi forte. On parle abusément de « coup de foudre », c’est assurément l’expression qui traduit le mieux ce que mes mots essaient d’exprimer.

Nous avons alors revisité les échanges téléphoniques que nous avions eus, avant le départ: ma participation improbable mais possible grâce à toi, ton incroyable intuition quant aux sentiments qui m’animaient alors, ta curieuse interprétation de la personne que je pouvais être.

Je ne crois pas me tromper quand j’écris que nous nous sommes tout de suite plues. Je suis restée à tes côtés, j’ai partagé vos rires et vos discussions, vos abricots secs et les morceaux de gingembre confits de Brice.

Je ne m’en suis pas aperçue parce que je ne réfléchissais plus, mais l’aventure humaine venait de commencer…

Nous avons repris le chemin et sommes passés près du village vacances où j’étais partie en famille l’an passé. L’émotion m’a gagnée , me retrouver ici après que tant de choses aient changé cette année. Pour chasser ma tristesse,  j’ai partagé avec toi, avec vous, cet épisode où je me suis perdue, vous dévoilant sans doute cette part de rêverie et de naïveté qui m’habite et qui fait que je cumule, au quotidien, étourderies et gaffes!

Nous avons marché, nous avons parlé, nous avons commémoré.

C’est alors que déjà François me proposait de venir vivre en Ariège. Ma mutation? Aucun problème, il me suffisait de rencontrer le Maire de Seix. François m’a présenté Mme Le Maire… et elle m’a d’emblée embrassée. C’est ainsi, je crois. Tout le monde s’embrasse dans le coin; deux bises , pas plus! En commençant à l’inverse de Nous, en tendant la joue gauche. C’est curieux que vous soyez si différents, jusque dans la façon de vous embrasser. J’ai vite pris vos habitudes…

 

La première soirée fut emplie de nouvelles rencontres et de petites attentions des uns ou des autres envers moi.

Que dire de l’installation au gymnase où mon manque de vivacité m’a fait arriver aux tapis quand le dernier était happé par un randonneur fatigué. Déçue mais non vaincue, je fonçais aux vestiaires des femmes  avant tout le monde pour savourer la température douce d’une douche prise dans des cabines collectives…

Pas de maquillage , pas de sèche-cheveux… j’allais devoir accepter que les autres me voient moi, sans fards, sans filtre.

Je suis sortie de la douche et quelqu’un m’a proposé un matelas qu’il avait pris pour moi. Je ne me m’explique pas ces touchantes attentions que l’on me témoigne. Peut-être ai-je l’air plus fragile que les autres? J’arrangeais mon petit coin et vis avec plaisir Tom et ses frères s’installer près de moi. Dormir dans un gymnase peut vite devenir cauchemardesque si on ne choisit pas correctement ses voisins. Je n’ai pas choisi les miens mais quelle chance j’ai eue qu’ils viennent là.

Allongée sur mon matelas, je pensais attendre seule l’heure du vin d’honneur mais « my british friends » m’invitèrent à prendre un verre avec eux sur une terrasse du village. Rires et incompréhensions, mimes et bruitages: la langue ne serait pas un obstacle, nous l’avions tacitement décidé.

Pendant la réception à la mairie, pendant le repas, pendant toute la soirée, des Français ou des Anglais m’abordaient par mon prénom, me parlaient , me servaient…  Une petite famille était née et j’y étais intégrée…

 

La soirée fut aussi l’occasion de nouvelles rencontres, chacun partageant les raisons de son engagement sur ce Chemin : une hollandaise épuisée, qui souhaitait abandonner, était là pour préparer le synopsis d’un reportage qu’elle ferait l’an prochain. Mais  ce soir-là, très émue, elle voulait tout arrêter, si déçue d’elle-même… je la recroisais finalement  tout au long de ces 4 jours,  tenant jusqu’au bout, grâce à sa détermination et à l’aide formidable de « mes Montagnards ».

Je rencontrais aussi ce couple plein de gaieté qui vécut son amour 21 ans dans l’ombre , lui prêtre, elle… très patiente! La délation mit leur relation au grand jour. Ils sont désormais mariés et ont voulu, par cette randonnée, avancer sur Le Chemin de leur Liberté.  Un peu comme Andy, un peu comme moi, un peu finalement comme beaucoup d’autres…

 

J’ai regagné ma couche  la tête encore dans ma vie d’avant, pleine du manque de mes proches, à cheval entre deux univers.

Je n’entrerai pas dans la description de ma première nuit. Elle fut longue et harassante:   j’eus l’impression de « dormir » sur un morceau de bois…

J’ai vite compris pourquoi « mes Montagnards » sont rentrés dormir chez eux, pourquoi Andy n’a mis qu’un pas dans le gymnase avant de chercher une chambre d’ hôtel…

 

Je marque ici ma deuxième pause dans l’écriture. Le début fut sans doute un peu lent. J’ai eu besoin de planter le décor, de présenter mes amis. Je m’aperçois que mes phrases sortent désormais au passé. Mon esprit doit sans doute peu-à-peu revenir vers ma réalité…

Le chemin de ma liberté- chapitre 1 …

Jeudi 10 juillet-ST Girons-7 h du matin

Packtage sur le dos, dans la fraîcheur agréable d’un matin de juillet, je m’avance sur le pont de La liberté. J’aperçois au loin quelques randonneurs qui semblent déjà se déplacer vers un talus.  Je suis soulagée d’être juste à l’heure, arriver en avance me pose toujours problème.  Je ne voulais pas patienter seule, en attendant le départ, trop habituée à souffrir de ma timidité.

Je  m’approche peu-à-peu du groupe qui se trouve en contrebas. D’un regard, je compare leur sac-à-dos de randonneurs expérimentés au mien. Je sens mon inexpérience qui s’affiche,  avec mon matelas et ma tente à l’extérieur du sac, mon sac de couchage sanglé par-dessus le tout.  Je regarde leurs vêtements et leurs chaussures. J’ai l’impression de vivre un jour de rentrée des classes, quand chacun arbore sa nouvelle tenue fièrement, devant quelques-uns qui baissent la tête…

Je suis tirée de ma gêne, frappée soudainement  par le brouhaha anglo-saxon qui s’empare de mes oreilles. Il me semble que le groupe sera multiculturel! Moi, Valérie F, introvertie, je ne suis pas prête de m’engager dans une conversation, d’autant plus si elle doit se faire en anglais.

Je ne laisse rien paraître, comme toujours, et m’approche un peu plus près pour entendre les consignes fermes données par un guide qui semble être bâti de la rudesse ariégeoise.  Il me rappelle cette femme que j’ai menée dans ma voiture de Toulouse à St -Girons. La froideur des mots qui s’échappaient de son visage fermé m’avait glacée, contrastant avec l’ambiance chaleureuse et les rires entendus tout au long de ma traversée, ayant la veille parcouru la France d’une frontière à l’autre, de la Belgique à l’Espagne…

Je me faufile donc un peu plus près pour entendre celui qui va nous mener. Je me pose discrètement entre deux personnes, finissant mon avancée sur la pointe des pieds (autant que puissent me le permettre mes godillots de marche).  C’est alors, qu’après avoir enfin trouvé un espace où me fondre dans la masse,  je perds mon bâton dans la seule fente qui zèbre le sol. (pourquoi me suis-je  installée sur cette  grande plaque recouvrant, semble-t-il, un trou). Je plonge alors à la verticale pour rattraper celui qui me sera sans doute salutaire au cours des jours prochains. Je le rattrape in extrémis, fière et soulagée… jusqu’à ce qu’un rire franc retentisse à mes côtés: mon désir de discrétion venait  d’être anéanti…

C’est ainsi que j’ai rencontré Marie…

Marie, pleine de vie, pleine de rires, pleine de mots…

Marie, avec qui je parcours les premiers kilomètres…

Marie, qui connait déjà plein de monde (mais comment est-ce possible?!?) et qui parle à tous ceux qu’elle ne connait pas!

Quelques minutes, et je lui livre déjà un peu de moi:

« oui, je suis venue seule; non, je ne parle pas bien anglais; les Ardennes ? Oui, c’est là-haut , tout là-haut, à la frontière belge; tu sais, je suis un peu réservée… »

 

Un vent de chance a donc soufflé dès mon arrivée, parce que Marie me prend, la première, sous son aile. Elle me présente aux uns, me confie aux autres, me rappelle près d’elle ou vient me retrouver lorsque je lui semble trop isolée…

Cette première matinée s’écoule lentement, nous sommes dans la partie censée être la plus simple. Je suis déjà pleine de doutes sur ma capacité à réussir ce défi dans lequel je me suis engagée. Les premières heures me semblent longues et difficiles, premières montées, premières boues… La pause me montre pour la première fois combien mon équipement est maigre: je n’ai rien pris à grignoter.

Chacun reprend des forces, les discussions s’entremêlent. Je suis seule contre un arbre, je sors mon carnet et remplis quelques lignes, je suis aussi là pour retrouver le chemin de l’écriture…

Puis, de nouveau , Marie m’appelle et me réinsère dans le groupe. Elle me présente mes premiers compagnons anglais, Tom et ses frères… Je souris, je ne comprends pas grand-chose. Ils ont l’air sympathiques, je ne sais pas encore qu’ils deviendront des amis très rassurants. Un peu plus tard, un peu plus loin, je rencontre Andy. Il est venu seul aussi, laissant provisoirement sa famille, pour tenter, comme plusieurs d’entre nous,  de vaincre ses démons, de trouver le chemin vers sa liberté. Il est anglais mais vit dans les Pyrénées,  il parle très bien français: je peux enfin communiquer…  Andy deviendra très vite mon interprète, il sera parfois mon professeur, he will become my confident…

Nous arrivons peu après midi, à l’endroit de la première commémoration.  Des gens nous attendent et nous applaudissent. Je suis surprise de découvrir qu’un buffet est dressé, un buffet digne des garden-party les plus réussies. Les boissons sont festives,  les plats sont copieux, le cadre est idyllique. Je dépose (ou plutôt je laisse choir) mon sac-à-dos dans l’herbe et je m’écroule. Je ne sens plus mon dos, je n’en suis qu’à la première demi-journée. J’apprends que nous sommes attendus quelques mètres plus haut pour commémorer la mort d’un jeune passeur, fusillé ici. Me relever est une épreuve, je crois que je ne laisse rien paraître…

La cérémonie est extraordinaire. L’émotion qui s’en dégage est incroyable. Aucun de mes mots ne lui serait fidèle. Une chanson parmi les émouvants discours et les lectures touchantes remplacera ici mon écriture.

http://www.youtube.com/watch?v=d7JYHOLPLOk

 

 

Jean Meslier ou « quand La Lumière vint des Ardennes… »

Chers amis bloggers,

Etes-vous, sans nul doute, un peu surpris de me trouver ici… C’est qu’une balade au marché du Livre Place Ducale, ce dimanche, m’a donné envie de vous présenter un illustre philosophe éclairé de notre cru: j’ai nommé le curé Meslier. 

Parce qu’il nous semble parfois impossible de sortir de la voie que l’on suit, parce que cela se fait souvent dans la difficulté et la douleur, il est bon de se rappeler, qu’en d’autres temps, assumer ses pensées et agir en accord avec elles étaient condamnables… Que la découverte de ce petit curé nous rappelle qu’il faut être fier de nos choix même s’ils vont à l’encontre du politiquement correct!

Jean Meslier donc…

Ce nom ne vous dit pas grand-chose, peut-être devrais-je l’associer à Voltaire pour que vous cerniez un peu le contour des idées qu’il  véhicula lors de ses prêches et dans son testament.

Mais laissez-moi vous le conter dans une courte biographie: Ardennais de pure souche, il naquit à Mazerny en 1664 pour ne quitter les Ardennes que par son décès en 1729 à Etrepigny.

C’est dans cette paroisse qu’il  fut curé  et qu’il put, lors de ses sermonts, s’insurger contre la suprématie financière et judiciaire des seigneurs  et défendre les misérables paysans. Il exposa ses idées dans son testament, dans lequel il révéla, par ailleurs, son athéisme profond, ayant investi cette voie pour satisfaire  la volonté de ses parents.

Il est donc considéré par beaucoup comme un précurseur des Lumières, révolté par les injustices et les classes sociales de  son siècle. Il fut sans doute parmi les premiers frémissements qui menèrent la France vers cette ébullition pré-révolutionnaire que fut le siècle des Lumières.

Il n’eut cependant pas  le courage d’exposer la teneur de ses idées de son vivant, seul contre tous…  Mais il enrichit, par son testament, les idées se développant dans les Salons parisiens par l’entre-mise de Voltaire qui diffusa ses écrits et, ainsi, sa pensée.

Bref… si ce curieux personnage, atypique en son temps, vous intéresse, sachez qu’un week-end lui sera prochainement consacré à Etrépigny, au cours duquel film, théâtre, conférence et balade commentée permettront de mieux le découvrir. Ce sera du 13 au 15 juin 2014… dans les Ardennes, bien évidemment!

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« Toutes les religions ne sont qu’erreurs, illusion et impostures…. que tous les grands de la terre, et tous les nobles fussent pendus avec des boyaux de prêtres. »

 

 

 

 


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