Le Chemin de ma Liberté-chapitre 2

Jeudi 10 juillet-Cabane de Sentenac- 14h00

Déjà le départ est donné. Il faut recharger nos sacs et reprendre la marche, quand nos corps réclamaient une sieste.

Le pique-nique a été un enchantement. J’ai partagé quelques moments avec Marie qui virevoltait parmi les groupes. J’ai parlé avec une journaliste de l’AFP venue faire un reportage cette année, mais bien décidée à vivre personnellement l’aventure l’an prochain. J’ai souri aux uns, répondu aux autres, puis je me suis allongée dans l’herbe, au milieu de tous, pour détendre mon corps déjà meurtri. Quelques chants, les premiers, se sont alors élevés. Les paroles, en patois, me sont restées inaccessibles mais la reprise en chœur  a donné , dans cette clairière tristement marquée par la guerre, un air de fête.

J’ai fait, ce midi-là, la connaissance de Daniel parce que je voulais boire un café. Il s’est attelé à la tâche, plus compliquée qu’il ne l’imaginait, réussissant avec des dosettes senseo à nous concocter une infusion géante, tournant l’eau dans sa marmite, à la manière d’un druide gaulois…

 

14h00 sonne, il faut partir. Dès les premiers pas, je me sens en forme, sans doute portée par les quelques verres de vin partagés. La première partie de l’après-midi consiste à descendre vers le village de Seix. La difficulté est moindre et favorise donc les bavardages. Je rencontre alors d’autres personnes, engage plus facilement les discussions, tisse les premiers liens avec des français autres que Marie. Je pénètre surtout pour la première fois le cercle de ceux qui deviendront mes amis, extraordinaires personnages emplis de gentillesse, de courage et de dévouement. Ils sont ceux que j’appelle « mes Montagnards », tant je suis reconnaissante qu’ils m’aient accueillie dans leur groupe, qu’ils m’aient conseillée et protégée, qu’ils se soient toujours assurés que rien ne me manque. Je me suis retrouvée près d’eux, en fin de peloton (oui vous l’avez deviné,  sans doute, n’avais-je pas la même allure que les autres).  Je me souviendrai toujours de François à qui je n’ai donné que mon prénom, et qui m’a dit « c’est toi qui vient des Ardennes,  de Charleville-Mézières! », Je n’oublierai pas le premier regard doux et rieur de Brice, un regard qui fut toujours le même et qui m’apporta beaucoup pendant notre périple; enfin, je n’oublierai pas ma première rencontre avec toi, Dominique; toi que je pensais ne jamais rencontrer, t’ayant classée , je ne sais pourquoi, dans la catégorie « secrétaire qui s’occupe des dossiers mais ne fait pas de randonnée ». Je n’oublierai pas l’éclat de ta voix quand François t’a dit que je venais de Charleville. Je t’ai alors entendue dire mon prénom sans que je ne me présente, tu m’as prise dans tes bras et tu m’as dit que tu m’avais cherchée toute la matinée…

Ce sont les premiers moments de notre rencontre. Ils resteront gravés à jamais car, avant même que l’on ne sache tout ce qui allait suivre, quelque chose s’est produit. On ne s’était jamais vues mais nous étions incroyablement heureuses de nous découvrir. Je crois que je n’ai jamais vécu une rencontre amicale aussi forte. On parle abusément de « coup de foudre », c’est assurément l’expression qui traduit le mieux ce que mes mots essaient d’exprimer.

Nous avons alors revisité les échanges téléphoniques que nous avions eus, avant le départ: ma participation improbable mais possible grâce à toi, ton incroyable intuition quant aux sentiments qui m’animaient alors, ta curieuse interprétation de la personne que je pouvais être.

Je ne crois pas me tromper quand j’écris que nous nous sommes tout de suite plues. Je suis restée à tes côtés, j’ai partagé vos rires et vos discussions, vos abricots secs et les morceaux de gingembre confits de Brice.

Je ne m’en suis pas aperçue parce que je ne réfléchissais plus, mais l’aventure humaine venait de commencer…

Nous avons repris le chemin et sommes passés près du village vacances où j’étais partie en famille l’an passé. L’émotion m’a gagnée , me retrouver ici après que tant de choses aient changé cette année. Pour chasser ma tristesse,  j’ai partagé avec toi, avec vous, cet épisode où je me suis perdue, vous dévoilant sans doute cette part de rêverie et de naïveté qui m’habite et qui fait que je cumule, au quotidien, étourderies et gaffes!

Nous avons marché, nous avons parlé, nous avons commémoré.

C’est alors que déjà François me proposait de venir vivre en Ariège. Ma mutation? Aucun problème, il me suffisait de rencontrer le Maire de Seix. François m’a présenté Mme Le Maire… et elle m’a d’emblée embrassée. C’est ainsi, je crois. Tout le monde s’embrasse dans le coin; deux bises , pas plus! En commençant à l’inverse de Nous, en tendant la joue gauche. C’est curieux que vous soyez si différents, jusque dans la façon de vous embrasser. J’ai vite pris vos habitudes…

 

La première soirée fut emplie de nouvelles rencontres et de petites attentions des uns ou des autres envers moi.

Que dire de l’installation au gymnase où mon manque de vivacité m’a fait arriver aux tapis quand le dernier était happé par un randonneur fatigué. Déçue mais non vaincue, je fonçais aux vestiaires des femmes  avant tout le monde pour savourer la température douce d’une douche prise dans des cabines collectives…

Pas de maquillage , pas de sèche-cheveux… j’allais devoir accepter que les autres me voient moi, sans fards, sans filtre.

Je suis sortie de la douche et quelqu’un m’a proposé un matelas qu’il avait pris pour moi. Je ne me m’explique pas ces touchantes attentions que l’on me témoigne. Peut-être ai-je l’air plus fragile que les autres? J’arrangeais mon petit coin et vis avec plaisir Tom et ses frères s’installer près de moi. Dormir dans un gymnase peut vite devenir cauchemardesque si on ne choisit pas correctement ses voisins. Je n’ai pas choisi les miens mais quelle chance j’ai eue qu’ils viennent là.

Allongée sur mon matelas, je pensais attendre seule l’heure du vin d’honneur mais « my british friends » m’invitèrent à prendre un verre avec eux sur une terrasse du village. Rires et incompréhensions, mimes et bruitages: la langue ne serait pas un obstacle, nous l’avions tacitement décidé.

Pendant la réception à la mairie, pendant le repas, pendant toute la soirée, des Français ou des Anglais m’abordaient par mon prénom, me parlaient , me servaient…  Une petite famille était née et j’y étais intégrée…

 

La soirée fut aussi l’occasion de nouvelles rencontres, chacun partageant les raisons de son engagement sur ce Chemin : une hollandaise épuisée, qui souhaitait abandonner, était là pour préparer le synopsis d’un reportage qu’elle ferait l’an prochain. Mais  ce soir-là, très émue, elle voulait tout arrêter, si déçue d’elle-même… je la recroisais finalement  tout au long de ces 4 jours,  tenant jusqu’au bout, grâce à sa détermination et à l’aide formidable de « mes Montagnards ».

Je rencontrais aussi ce couple plein de gaieté qui vécut son amour 21 ans dans l’ombre , lui prêtre, elle… très patiente! La délation mit leur relation au grand jour. Ils sont désormais mariés et ont voulu, par cette randonnée, avancer sur Le Chemin de leur Liberté.  Un peu comme Andy, un peu comme moi, un peu finalement comme beaucoup d’autres…

 

J’ai regagné ma couche  la tête encore dans ma vie d’avant, pleine du manque de mes proches, à cheval entre deux univers.

Je n’entrerai pas dans la description de ma première nuit. Elle fut longue et harassante:   j’eus l’impression de « dormir » sur un morceau de bois…

J’ai vite compris pourquoi « mes Montagnards » sont rentrés dormir chez eux, pourquoi Andy n’a mis qu’un pas dans le gymnase avant de chercher une chambre d’ hôtel…

 

Je marque ici ma deuxième pause dans l’écriture. Le début fut sans doute un peu lent. J’ai eu besoin de planter le décor, de présenter mes amis. Je m’aperçois que mes phrases sortent désormais au passé. Mon esprit doit sans doute peu-à-peu revenir vers ma réalité…

2 commentaires à “Le Chemin de ma Liberté-chapitre 2”


  1. 0 Nono 17 juil 2014 à 16 h 19 min

    Ces petits récits nous font vivre ton parcours pas à pas. on voit de réel moment de doute et appréhension qui s’envole au fur et à mesure

    Répondre

  2. 1 l'ardennaise 17 juil 2014 à 21 h 06 min

    toutes ces lignes sont pleines de tendresse ..tous ces gens qui s entraident,se soutiennent et s’aiment déjà!!En lisant,on s’impregne et l’on se prepare a faire un beau et inoubliable voyage..

    Répondre

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