Le chemin de ma Liberté-chapitre 3

Vendredi  11 juillet – gymnase de Seix – 6h30

 

Je ferme à peine les yeux que d’autres se lèvent déjà. J’entends que ça remue tout autour de moi. Je me cache à l’intérieur de mon sac de couchage: que Dieu seul soit témoin de ma tête au réveil!!!

A 8h00, nous nous retrouvons tous, les rescapés du gymnase et les autres, pour l’ascension vers le col de la Core.  Nous marchons longtemps, certains passages sont abrupts. Nous avalerons 600m de dénivelé ce matin-là. Les paysages changent peu-à-peu. Il fait chaud. Et soudain au dessus de la crête, j’aperçois le haut d’une table, qui n’attend plus que nous. C’est un sentiment incroyable, un bonheur immense… Je sais qu’Ils n’avaient pas ces petits bonheurs pendant la guerre. J’ai un peu honte de moi…

Monsieur le Comte, un habitué du périple, profite de ce repas pour  offrir à « mes Montagnards » de belles plaques de chocolat. C’est une habitude, sa façon à lui de les remercier pour leur engagement. Il les fait livrer là où l’on quitte la route définitivement. Mes amis sont plus que chargés, je leur offre mon sac pour y glisser leurs plaques… J’ai refusé un peu plus tôt un carré… ils savent bien qu’avec moi, le chocolat arrivera entier!

A nouveau, le pique-nique est un bel instant de bonheur. Rires et partages ponctuent ce moment d’échange. Une cérémonie de commémoration marque le début  de la marche en Haute-Montagne. Le groupe se sépare en deux. Nous abandonnons ici ceux qui ne souhaitent pas bivouaquer. Ils partiront très tôt le lendemain pour nous rejoindre. On se dit au revoir, certains ne monteront pas. Et c’est là, en l’espace de quelques minutes, sans que je ne sache vraiment comment l’étincelle s’est déclenchée,  que nous partageons, Dominique et moi, des confidences qui nous bouleversent… Dominique , mon amie, je n’oublierai jamais ce moment.

Je reprends le chemin avec le sentiment de t’abandonner. Je suis complètement bouleversée. Je saurai le lendemain par Marie que tu l’étais tout autant.

Il me faut me ressaisir. Le chemin n’est pas simple, la Haute-Montagne nous ouvre les bras. Nous ne sommes pas beaucoup de femmes à faire le bivouac, alors je m’ouvre à  de nouvelles personnes, comme ces formidables anglais dont je ne saurai jamais le nom, qui m’ont offert une gorgée de leur café chaud et quelques baies (mures sauvages?) cueillies en marchant. Je rencontre aussi Xavier, qui se charge de bois pour le feu de camp du soir. L’idée murit d’un bûcher, d’un sacrifice humain….. On  m’appelle Jeanne pour m’inquiéter… Et puis j’apprends que Xavier est picard, on partage nos souvenirs de lycéens à Laon, on rit de s’être sans doute croisés dans les « grimpettes », on s’étonne de grimper ensemble aujourd’hui les Pyrénées. Xavier m’apprend qu’il fait partie de l’OTAN , qu’il est basé en Belgique et qu’il est ici en « mission » avec quelques camarades de toutes nationalités.  Tandis que Xavier agrandit le cercle de mes nombreux compagnons d’aventure, je ramasse un morceau de bois, pour participer à l’effort commun, ou pour me défendre en cas de bûcher…

 

Après une pause au bord d’un lac, nous arrivons près de la cabane où nous allons bivouaquer. Le temps change. Nous sommes à 2000m d’altitude. Chacun plante sa tente. Je m’installe dans un coin, sur une petite pente, histoire d’avoir un semblant d’oreiller. Je réalise en cherchant à expliquer le mot « oreiller » à « mes amis anglais » qu’en français, oreiller peut vouloir dire: endroit où l’on pose l’oreille. Ça nous fait rire; On rit de pas grand-chose, nos corps et nos esprits sont fatigués…

Les trois frères s’installent donc pour cette seconde nuit près de moi. Leur présence me rassure, et ils doivent être les rares hommes du groupe à ne pas produire de grognements inquiétants la nuit, malgré la fatigue.

Le froid nous enveloppe peu-à-peu. François me propose son duvet pour la nuit, Brice ses gants et son bonnet. J’ai peur qu’ils aient froid mais ils ne me laissent pas le choix. Ils ont le cœur sur la main et la main toujours tendue vers les autres.

L’endroit où nous nous trouvons est une cuvette entourée de versants abrupts. Un coup d’œil circulaire me permet de comprendre instantanément que me trouver des toilettes sera ardu! Je n’y suis pas allée depuis le gymnase ce matin… je n’ai donc pas le choix! Je pars à la recherche d’un endroit d’où on ne me verrait pas du bivouac! Je marche, j’avance, je grimpe toujours plus haut. Je teste quelques rochers, ils ne sont jamais assez élevés, jamais assez larges, jamais assez loin. Je me trouve finalement les plus beaux toilettes du monde (en tous cas les plus sauvages!), avec une vue incroyable sur la vallée et le brouillard qui est en train de l’avaler.

                                                             

En redescendant, je m’aperçois que j’étais partie bien loin, les tentes sont minuscules, mes compagnons presque invisibles.   Je m’assieds sur un rocher pour écrire quelques phrases qui ont germé dans mes pensées, mais déjà le feu est allumé et l’attroupement autour se fait. Je glisse mon carnet au fond de ma poche, je n’aurais plus de moments seule pour  le ressortir…

L’apéritif est très joyeux. Mes « amis montagnards’ ont monté des provisions quelques jours avant et les ont cachées dans la montagne. Ils sont tellement incroyables! Tout le monde trinque en mangeant du saucisson et en grignotant des cacahouètes, sur une table improvisée. Je passe de groupes en groupes. J’essaie de profiter de tous ceux qui me deviennent peu-à-peu chers. Il fait de plus en plus froid, le brouillard nous a comme ensevelis, mais les chants des randonneurs anglais et des « montagnards » ariégeois réchauffent tous les corps. François sort son armonica, je me glisse tout près du feu, je me sens si  bien…

Tom m’invite à partager le repas avec ses frères. Je décline l’offre avec tristesse. Je suis déjà invitée. Je voudrais passer le plus de temps possible avec chacun de ceux que j’apprécie.  Le temps est compté, je m’invite auprès d’eux pour le lendemain.

 Brice et François m’embarquent pour le repas dans la cabane, dans le cercle restreint des  organisateurs. J’y pénètre sans imaginer ce qui m’y attend! Je découvre un intérieur presque cosy, une atmosphère chaude et romantique. La cabane, aux murs de pierres, comprend un lit en bois surélevé. Dans un des coins, une cheminée  accueille un feu qui chauffe toute la pièce et diffuse une lumière douce. Des bougies, plantées dans des bouteilles en verre, sont réparties dans la pièce. Je n’imaginais pas qu’une cabane, perdue dans la montagne, pouvait être un endroit aussi chaleureux. Je me dis qu’il doit être doux d’y monter à deux…

Je suis tellement surprise par ce que je découvre que je ne parle à personne. Je me perds dans mes pensées. J’essaie de me construire des images pour les garder le plus longtemps possible en moi. Nous sommes une dizaine à l’intérieur (on pourrait difficilement être plus).  Il y a là Casimir que je découvre vraiment pour la première fois. Il est bourru et bougon, il m’impressionne un peu: il est ariégeois!!!  Il fait dorer le pain, il fait cuire des grillades. Je me retrouve avec une tartine chaude dans les mains, couverte de fois gras. Il me semble que Brice s’amuse de ma stupeur. Ses yeux, comme toujours, me semblent rieurs.  La soirée dans la cabane s’écoule très gaiement. Nous chantons (enfin, ils chantent), nous rions, Casimir me taquine et me chante quelques romances.

En cours de soirée, nous avons eu la visite de la bergère du coin. Je crois qu’elle s’appelait Laurence. Je ne suis plus tout-à-fait sure… Elle est un personnage comme je pensais qu’il n’en existait plus. Une femme plus forte que beaucoup d’hommes, une solitaire qui a surgi du brouillard avec ses chiens et qui y a replongé alors que la pénombre nous enveloppait… un sacré brin de femme qui  passe de longues journées dans la montagne, sans sa famille, à surveiller ses troupeaux.

Je garderai longtemps, je l’espère, les images qui ont empli ma tête lors de cette soirée magique. Si j’écris ces instants , c’est aussi pour que ma mémoire ne me les vole pas.

J’ai regagné ma tente toute légère, consciente de la rareté des moments que je venais de vivre. Mes chers voisins dormaient déjà. Moi, je n’ai pu glisser comme eux dans le sommeil: une pluie s’est abattue sur nous toute la nuit.  Voyons le bon côté des choses: Cela m’a permis d’entendre les grelots des chèvres et de tenter de faire fuir celle qui avait décidé de brouter… mon abri!

 Seule dans ma tente, j’ai attendu que les heures passent…

 

 

 

 

 

 

1 commentaire à “Le chemin de ma Liberté-chapitre 3”


  1. 0 Christelle 18 juil 2014 à 17 h 24 min

    La suite ! la suite ! vite…

    Répondre

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